Assurance-vie : le fonds eurocroissance est-il l'avenir ?

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Le gouvernement vise à multiplier par dix les montants investis en « eurocroissance », une option à mi-chemin entre les fonds en euros, non risqués, et les unités de compte, placées en Bourse.

 

Près de 1 700 milliards d’euros sont placés en assurance-vie, selon la Fédération française de l’assurance (FFA). Principalement sans risque : les fameux fonds en euros, surtout composés d’obligations d’Etat, abritent 80 % des encours. Le reste est investi en unités de compte, soumises aux fluctuations du marché. Dans le premier cas, le capital est toujours garanti, dans le second, il ne l’est jamais. Une différence de taille pour l’épargnant français, souvent averse au risque.

 

Un produit intermédiaire, le fonds « eurocroissance », a toutefois été créé en 2014 via un projet de loi de finances rectificatif. Le principe : le capital n’est garanti (de 80 % à 100 %) qu’au bout d’un certain temps, minimum huit ans.

 

Davantage d’actions

 

 

Si l’investisseur récupère son investissement de départ avant, il n’est pas assuré de retrouver sa mise. « En contrepartie, il peut attendre un rendement supérieur à ceux des fonds en euros, car l’assureur peut prendre plus de risques avec son capital et en exposer une plus grande part aux marchés », note Philippe Crevel, président du Cercle de l’épargne.

 

Si les assureurs avaient salué le principe de ce produit, ils ont rapidement dénoncé l’extrême complexité du dispositif mis sur pied. Et la chute des taux d’intérêt a plombé le lancement du produit. Au final, ils ne sont qu’une petite dizaine à l’avoir commercialisé. Les épargnants ne se sont pas rués dessus, non plus, et ce malgré l’effritement des rendements des fonds en euros. Résultat : seuls 2,3 milliards d’euros sont investis en eurocroissance.

 

Un décollage avorté déploré par le gouvernement, qui aimerait voir les Français diriger davantage leurs économies vers le financement des entreprises (pour orienter l’épargne des Français vers le financement des entreprises). Il s’est donc donné comme objectif de faire dix fois mieux, en deux ans ! Une réforme du produit doit être mise en œuvre via le projet de loi Pacte, plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, dont la présentation est prévue mi-mai.

 

Vers un rendement unifié

 

Le gouvernement axe sa réforme sur une « simplification drastique » du dispositif. « Pour un contrat donné, l’assureur pourra communiquer chaque année un rendement unique pour tous les épargnants engagés sur la même durée, peu importe quand ils ont investi, le rendement ne sera plus individuel », indique un conseiller du ministre de l’économie Bruno Le Maire, ajoutant que « les modalités restent à définir ».

 

Pour comprendre, il faut savoir que le fonctionnement de l’eurocroissance repose sur un jeu savant faisant intervenir deux « provisions » (compartiments) pour chaque épargnant, l’une dite « mathématique », servant à garantir le capital, l’autre dite « de diversification », utilisée pour booster le rendement… La part de chacune dépend des taux longs, de la durée du contrat, de la garantie choisie.

 

A cette construction complexe fait écho un rendement très difficile à lire. Celui-ci est aujourd’hui qualifié d’« individualisé », car il varie en fonction de la durée d’investissement et du niveau de garantie, mais aussi de la date d’entrée de chacun dans le contrat. « Il y a autant de rendements que d’investisseurs », résume Bernard Spitz, le président de la FFA. Pas simple, donc, de comparer les contrats proposés.

 

La concurrence est rude

 

Le succès plus que mitigé de ces fonds ne surprend pas Meyer Azogui, président de Cyrus conseil. « Qu’est-ce qui compense la perte de disponibilité de mon capital ? Un hypothétique meilleur rendement à terme ? C’est insuffisant pour convaincre l’épargnant, d’autant qu’il peut se concocter son propre eurocroissance, seul ou via un professionnel, en mixant fonds en euros et unités de compte, sans entrer dans ce mécanisme complexe. »

 

La réforme suffira-t-elle à doper l’attractivité de l’eurocroissance ? « Si le problème de lisibilité est résolu, oui, je pense que les épargnants accepteront cette contrainte de durée d’investissement contre de meilleurs rendements », répond M. Spitz. « La performance est le meilleur argument de l’eurocroissance, et les chiffres de 2017 montrent que son positionnement entre les fonds en euros et les unités de compte est pertinent. » Pour 2017, la FFA a calculé un rendement moyen de 1,8 % des fonds en euros, 3,4 % de l’eurocroissance et 5 % des unités de compte (avant prélèvements sociaux).

 

L’objectif du gouvernement – 20 milliards d’euros d’encours en deux ans – semble difficile à atteindre « sans carotte supplémentaire, ou diminution des avantages fiscaux des fonds en euros », estime de son côté M. Azogui. « Sans suppression des fonds en euros, ou incitation forte à s’en détacher, je ne vois pas comment l’eurocroissance ne restera pas un produit à la marge », renchérit M. Crevel.

 

Une quatrième voie ?

 

De leur coté, les assureurs ont proposé la création d’un quatrième type d’assurance-vie : les fonds en euros « bonifiés » : « Le capital serait garanti à tout moment, mais le rendement serait inférieur à celui des fonds en euros si l’investisseur retirait son argent avant le terme fixé, par exemple huit ou dix ans, et supérieur, bonifié, après le terme », détaille M. Spitz. « La création de ces fonds ne figurera pas dans la loi Pacte, mais nous espérons une mise en œuvre par voie réglementaire. » Le cabinet de Bruno Le Maire ne nous a pas confirmé ce lancement.

 

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